RÉFLEXIONS

Les lumières et la nuit. (mars 2022)

Ce 2 mars 2022 au soir, le Président Macron a dénoncé l’agression de l’Ukraine par la Russie ainsi que la responsabilité personnelle du dirigeant Russe Poutine, et il s’est présenté comme l’un des défenseurs d’une démocratie partout en danger. Depuis, il a fait acte de candidature aux prochaines présidentielles.

Oui, partout la démocratie est en danger, pour des causes communes, et non, le Président Macron, comme beaucoup d’autres, n’est pas tout à fait l’un de ses défenseurs les plus acharnés.

Cette alerte ne se veut pas partisane mais un simple appel : la démocratie ne s’use que lorsque les citoyens se désengagent et ne se résume pas à l’organisation régulière d’élections libres.

L’agression contre Ukraine aujourd’hui l’illustre à sa façon.

Si Poutine est seul responsable du déclenchement de la guerre, qui est responsable du fait que Poutine dirige la Russie depuis si longtemps, quoiqu’il fasse de contraire au Droit (assassinats et emprisonnements d’opposants et de journalistes, guerre en Tchétchénie, annexion de la Crimée, bombardements de la Syrie, …) ?

Chaque citoyen russe qui a contribué au maintien de Poutine au pouvoir.

Tous les dirigeants de la planète qui se sont succédé face à lui sans réagir.

Tous les citoyens des pays de la planète qui ont permis à leurs dirigeants de ne pas réagir face à Poutine.

Nous.

Moi.

À chacun sa part. Nous sommes tous devenus des faiseurs de Poutine. Et des autres.

Et donc non, cette guerre en Ukraine n’est pas une tragédie contre laquelle on ne pourrait rien, au sens cornélien du mot, un événement extérieur qui s’imposerait aux hommes.

Elle est le produit d’une faillite démocratique.

Chaque être humain qui interroge la complexité du monde dans lequel il évolue et exprime les contours du monde nouveau dans lequel il souhaiterait vivre est une flamme qui repousse les ténèbres.

Moins il y a de flamme et plus la nuit s’obscurcit.

S’il y a eu un Siècle des lumières, s’annonce le siècle de la nuit.

C’est de ce Siècle des lumières qu’en France est née la lutte contre l’obscurantisme et les dogmes religieux qui empêchaient les hommes et les femmes de penser.

Pour cela, nos prédécesseurs se sont dotés d’un outil, la laïcité.

La laïcité, ce n’est pas, contrairement à ce que fait mine de croire notamment le Président Macron, une arme contre le fait religieux. C’est un instrument qui vise à empêcher le triomphe sur les esprits de tout cléricalisme, c’est-à-dire la domination d’une idéologie.

Objectivement, ce ne sont pas les intégrismes religieux qui aujourd’hui malmènent le plus nos capacités de penser. Depuis la chute du mur de Berlin, c’est l’impossibilité de remettre en cause l’économie libérale et ses lois soi-disant souveraines qui immobilisent notre capacité à penser et favorisent notre sentiment d’impuissance.

Comment, de notre position de citoyen lambda, pouvoir embrasser d’un coup ce monde globalisé ?

Cette incapacité à penser est renforcée par la dématérialisation croissante du monde.

D’abord parce qu’elle multiplie les divertissements facilement accessibles (réseaux sociaux, plates-formes vidéo, échanges numériques, télés…) qui mobilisent « le temps de cerveau disponible » ; parce qu’elle favorise l’assouvissement des désirs par une surconsommation instantanée ; parce qu’elle réduit considérablement notre autonomie (obsolescences programmées des matériels, mises à jour automatiques imposées, utilisation des moteurs de recherche qui rend le savoir superflu et amenuise notre mémoire, réduction de notre libre arbitre par la multiplication des applications chargées de nous faciliter la vie) ; et parce qu’elle nous habitue à une pensée binaire puisqu’il ne s’agit plus que de choisir entre 0 ou 1, oui ou non, j’aime ou j’aime pas… C’est oublier que les mathématiques démontrent qu’il existe une infinité de nombres entre le 0 et le 1 et que la philosophie nous explique qu’il y a une  multitude de nuances entre le oui et le non, le j’aime ou j’aime pas.

Toute tentative de simplifier le monde est d’essence totalitaire.

En France et dans une grande partie de la planète, depuis des années, la peur encore paralyse notre raison : la répression accrue des comportements considérés par les gouvernants comme incivils ou protestataires, la violence des propos échangés sur les réseaux sociaux et leurs débordements moins virtuels, la multiplication des fake news, les attentats, le terrorisme, la pandémie et maintenant cette guerre en Europe avec la menace nucléaire brandie par le dirigeant Russe nous insécurisent. La théorie du grand remplacement aussi réveille les nationalismes les plus nauséabonds et promeut le repli sur soi.

Or, les neurosciences nous apprennent qu’en cas de fortes charges émotionnelles telles que l’angoisse, seule la partie basse du cerveau, dit « reptilien » parce que spécialisé dans les réactions primaires liées à la survie, est irriguée et donc fonctionne à plein régime contrairement aux autres zones. La peur inhibe la pensée. Il n’y a donc pas de démocratie possible en état de peur.

Par conséquent, l’enjeu permanent d’un état démocrate est de faciliter la pensée et son expression chez chacun de ces citoyens.

La fonction principale d’un dirigeant d’une démocratie n’est pas d’exercer un pouvoir susceptible de protéger ses concitoyens mais bien de garantir la capacité de penser à chacun.

La liberté, c’est le choix.

Un être humain qui a de moins en moins la capacité de choisir et de penser, qui est de plus en plus surveillé, contrôlé, pisté, diverti, angoissé et instrumentalisé n’a plus les moyens d’agir en citoyen.

Moins il y a de citoyens agissant en tant que tels et moins il y a de démocratie vivante.

Il est possible de témoigner qu’en France la démocratie se porte mal en dépit de réactions populaires salutaires et méprisées : manifestations de plus en plus violemment réprimées, Nuits debout aux acteurs expulsés, gilets jaunes avec des cahiers de doléances enterrés, une convention citoyenne aux propositions ignorées… Comment ne pas comprendre l’abstention constatée lors d’élections qui ne signifient plus rien pour des électeurs invités à participer à une démocratie juste formelle.

Ressaisissons-nous !

Méfions-nous des émotions collectives, des slogans, des fausses promesses, des leurres électoralistes et de ceux qui souhaitent nous protéger.

Osons la controverse.

Imposons nos thèmes de campagne.

Participons aux débats.

Exerçons notre raison.

Confrontons respectueusement nos arguments.

Ne donnons pas simplement notre voix, faisons-la entendre !

Redevenons responsables de notre vie et de notre démocratie.

Pour chaque citoyen qui ne pense plus, une flamme s’éteint.

Après chaque flamme éteinte, la Nuit s’avance.

Et c’est pendant la Nuit que surviennent les cauchemars !

Willerval, auteur

Luc Szczepaniak

Depuis une dizaine d’années, tout nous pousse davantage vers une vie dématérialisée.

Aujourd’hui, la crise de la COVID nous invite à nous isoler, à nous fixer bien sagement devant les écrans et à vivre des partages de plus en plus virtuels. 

Notre corps serait une source de dangers et il faudrait s’en protéger, s’en détacher.

Les marques d’affection (poignée de mains, embrassades, câlins…) sont prohibés.

La porte s’ouvre, à la grande satisfaction des transhumanistes, sur une humanité nouvelle qui sacrifierait corps et cœur pour n’être plus qu’un esprit dépendant des nouvelles technologies et acteur d’un monde virtuel.

Or, nous sommes des individus, c’est à dire indivisibles. Je revendique de m’accomplir en épanouissant concomitamment mes trois dimensions. C’est principalement le but des pratiques artistiques.

Est-ce pour cela que la culture et les plaisirs de la table sont aujourd’hui si mal traités au profit d’activités numériques?

De plus en plus d’études démontrent que le toucher est un acte essentiel au développement de tout être humain tout au long de sa vie. Charles Pépin vient de publier un livre (La rencontre- éditions Allary) qui démontre que la rencontre est une nécessité. Célia Izoard nous alerte avec son livre « Lettres aux humains qui robotisent le monde, merci de changer de métier » aux éditions de la dernière lettre.

Le gouvernement lui-même reconnaît les risques de dépression généralisée qu’entraîne l’isolement. Mais il ne change pas de politique. Il conseille simplement de consulter des psy !

J’exprime ici mon besoin de contact affectif pour mon bien-être, ma santé et mon inclusion sociale. C’est ainsi que je peux être présent au monde réel et non virtuel. C’est un besoin fondamental à tout être humain, comme boire et manger. Toute limitation de ce besoin est une atteinte à notre liberté et  à notre humanité. En cohérence avec mes valeurs et mes écrits sur le lien entre humains, je ne peux que me mobiliser.

 

C’est pourquoi j’ai créé le logo joint, que je prends l’habitude d’accoler à ma signature dans mes messages et que j’exhibe pacifiquement à travers la France dans les lieux publics.

Si vous partagez ma vision de l’homme et de la femme, vous pouvez le télécharger et l’utilisez à toutes fins utiles, sauf commerciales.

 

BIZ.